domingo, 22 de janeiro de 2017


MARÉCHAL MASSÉNA à Alfaiates – mars 1811





JOURNAUX DES SIÈGES.
FAITS OU SOUTENUS PAR LES FRANÇAIS DANS LA PÉNINSULE, DE 1807 A 1814,

RÉDIGÉS, D’APRÈS LES ORDRES DU GOUVERNEMENT, SUR LES DOCUMENTS EXISTANT AUX ARCHIVES DE LA GUERRE ET AU DÉPÔT DES FORTIFICATIONS.
PAR J. BELMAS,
CHEF DE BATAILLON DU GÉNIE.
TOME PREMIER.
PARIS,
CHEZ FIRMIN DIDOT FRÈRES ET CIE,
RUE JACOB, N.º 24.
M DCCC XXXVI.


GUERRE DE LA PÉNINSULE
CAMPAGNE DE 1811 – pages 169-172
Masséna avait le choix de se retirer sous l’appui du canon d’Almeida et de Ciudad-Rodrigo, ou de prendre à Guarda, sur la Sierra d’Estrella, une position de flanc qui le rapprochait du Tage, lui permettait de se lier avec l’armée du centre vers Madrid et avec l’armée du midi sur la Guadiana, et lui donnait le moyen de manoeuvrer encore contre les Anglais. Il préféra ce dernier parti, quoique contraire au désir général des officiers et soldats de l’armée, qui voulaient rentrer au plus vite en Espagne pour s’y reposer de leurs fatigues et se procurer des vivres.
Le maréchal Ney, qui depuis le commencement de la campagne était en scission ouverte avec le général en chef, refusa positivement d’obéir, préférant de ramener l’armée directement sur Almeida, et delà sur Salamanque, pour y prendre des cantonnements. Le général en chef, irrité d’un refus qui compromettait son autorité, crut devoir renvoyer ce maréchal de l’armée, pour y rétablir la subordination par un exemple de sévérité sur l’un de ses premiers chefs, et il donna le commandement du sixième corps au général Loison. Il envoya ses malades à Ciudad Rodrigo et fit reconnaître Alcantara, Coria, ainsi que tout le pays compris entre le Tage et la Guadiana, pensant que la position du Tage était la meilleure à prendre, s’il pouvait y trouver des vivres. Mais, le 29 mars, lord Wellington s’étant présenté devant Guarda, Masséna se replia derrière la Coa. Dans cette retraite, l’armée française perdit mille deux cents maraudeurs qui n’eurent pas le temps de rejoindre leurs régiments.
Le deuxième corps prit position à Sabugal, où se trouve sur la Coa un beau pont en pierre, à la jonction des grandes routes de Guarda et de Castelbranco. Le huitième corps fut placé en arrière à Alfayates. Le sixième corps s’étendit à la droite le long de la Coa. Masséna conservait encore dans cette position la possibilité d’opérer, soit sur Coria, soit sur Ciudad-Rodrigo, et il donnait le temps au maréchal Bessières d’arriver à son secours avec l’armée du Nord (1 ), et de compléter les approvisionnements d’Almeida et de Ciudad-Rodrigo.
Mais bientôt lord Wellington parut avec son armée, et, le 3 avril [1811], il attaqua le deuxième corps à Sabugal avec des forces supérieures. Le combat se soutint longtemps avec le plus vif acharnement; à la fin, le général Reynier fut obligé de se retirer sur Alfayates, en se frayant, les armes à la main, un passage à travers l’ennemi qui déjà l’entourait. Cette affaire nous coûta sept cents hommes. Masséna, obligé d’en revenir à l’opinion du maréchal Ney, se retira sous les murs de Ciudad-Rodrigo, autant pour éviter des engagements désavantageux, que pour mettre un terme à l’affreuse pénurie à laquelle son armée était en proie Le détour qu’il avait fait par Guarda permit à l’ennemi de bloquer Almeida, avant que cette place fût complètement approvisionnée. Quelques jours après , Masséna vint prendre des cantonnements à Salamanque, pour remettre l’armée de ses fatigues.
De leur côté, les Anglo-Portugais, manquant de vivres, repàssèrent les montagnes, et y s’étahlirent dans les environs de Celorico, afin d’être plus à portée de leurs magasins établis à Viseu et à Coimbre.



GUERRE DE LA PÉNINSULE
CAMPAGNE DE 1811 – pages 197-198
L’armée de Marmont comptait vingt-deux mille hommes, celle de Dorsenne était forte de vingt-quatre mille hommes: ces deux armées firent leur jonction à Tamames le 22 septembre [1811], et marchèrent sur Ciudad-Rodrigo. On s’attendait à une grande bataille, mais lord Wellington se retira dans un camp retranché qu’il avait établi en avant de Fuente Guinaldo, appuyant sa droite à l’Agueda. Le 26 septembre, les armées françaises se présentèrent devant cette position. Lord Wellington ne voulant pas risquer une bataille, et craignant d’être tourné par sa gauche, où ses travaux de défense n’étaient pas encore terminés, fit sa retraite pendant la nuit sur Alfayates. Les deux armées françaises ayant atteint leur but, qui était de ravitailler Ciudad-Rodrigo, ne suivirent pas l’ennemi plus loin. Elles revinrent sur leurs pas et se séparèrent. Le général Dorsenne retourna à Valladolid, et le maréchal Marmont vint reprendre ses positions dans la vallée du Tage. Il dut se préparer au siège d’Elvas (1); mais le manque de subsistances, obstacle invincible qu’il rencontra dans toutes ses opérations, l’empêcha d’exécuter ce projet (2).
La campagne se termina sans autres événements sur la frontière de Portugal. Lord Wellington établit son quartier général à Almeida, dont il fit relever les fortifications, pour assurer ses dépôts et ses magasins.


GUERRE DE LA PÉNINSULE
CAMPAGNE DE 1811 – pages 510-512

N.º 61.
Lettre du maréchal Masséna, prince d'Essling, au prince Berthier, major général.

Alfayatès, le 31 mars 1811.
Monseigneur,
Dans ma dernière lettre, je disais à Votre Altesse que je ferais reconnaître Coria, Plasencia et Alcantara, pour m'assurer si le pays offrait quelques ressources et pouvait nourrir l'armée. Je n'ai pas eu le temps de recueillir ces renseignements. L'ennemi ayant fait des mouvements sur Guarda, l'armée a pris position à Sabugal, Alfayatès, Ponte de Sequeiros et Rapoula de la Coa. La réserve de cavalerie est placée aux environs d'Alfayatès.
Monseigneur, je vous dois la vérité: l'armée a besoin de quelques mois de repos; les officiers généraux et autres en ont parlé trop souvent aux soldats, et cette opinion est prédominante à l'armée. Je tiendrai tant que je pourrai mes nouvelles positions. Il est vrai de dire qu'elles offrent bien peu de ressources; mais on pourrait y tenir quelques jours, si je ne suis pas contrarié comme je l'ai été jusqu'à présent. Il suffit que l'ennemi montre quelques têtes de colonne, pour intimider les officiers, et leur faire dire hautement que c'est toute l'armée de Wellington qui se présente. Il faut quelque temps à l'armée de Portugal pour se refaire, et pour profiter des effets d'habillement appartenant aux corps, et qui sont à Valladolid et à Salamanque. Je crois que quand l'armée aura pris du repos, et qu'elle se sera un peu habillée, Sa Majesté pourra la faire agir.
Il y a vingt-sept jours aujourd'hui que nous sommes en marche: tout est usé, et on a besoin de beaucoup de choses. Comme je l'ai déjà dit à Votre Altesse, nous n'avons perdu ni artillerie, ni caissons; et nos chevaux sont absolument exténués: Les équipages militaires n'existent plus; nous n'avons donc aucun transport.
Tout le matériel des équipages militaires et de l'artillerie est à recréer.
J'ai prescrit au général comte d'Erlon de se placer, avec ses deux divisions, à Val de la Mula, Aldea dél'Obispo et environs, pour protéger l'évacuation d'Almeida, et pour se porter, au besoin, au secours des deux places, si l'ennemi les menaçait. Si je suis obligé de passer l’Agueda, j'échelonnerai l'armée entre San Felices de Chico , Ledesma, Zamora, Toro et environs, de manière à pouvoir la réunir en peu de temps, pour marcher, s'il le fallait, sur Almeida ou Ciudad-Rodrigo.
Je ne crois pas que l'ennemi puisse tenter rien de sérieux contre ces deux places, les ponts sur la Coa étant détruits et les abords de la première étant difficiles.
Si je passe l'Agueda, que Votre Altesse soit bien convaincue que je n'ai pas laissé de développer la plus grande résistance, et que ce n'a été qu'à la dernière extrémité que ce mouvement aura été exécuté. Le désir que l'armée a manifesté depuis longtemps d'aller se reposer, ne me laisse aucun doute qu'il serait dangereux d'attendre l'ennemi pour recevoir bataille ou pour la lui donner. Les troupes sont bonnes, mais elles ont besoin de repos. Les maraudes, quoique organisées, et qu'on a été obligé d'y permettre, n'ont pas peu contribué à atténuer la discipline, qui a le plus grand besoin d'être rétablie.
J'aurai soin de rendre compte à Votre Altesse, tous les deux jours, de ce qui se sera passé.
 J'ai l'honneur d'être, avec un respectueux dévouement , etc.

Signé: MASSÉNA

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